Histoire de la vallée des 7 moulins


Le moulin des Serpes


        L'eau et le vent étaient, il n'y encore pas. bien longtemps, les seules forces naturelles utilisées par l'homme.

        Le vent, employé le premier, fut plus tard délaissé et, aux temps carolingiens, les moulins à eau remplacèrent progressivement les moulins à vent.

        Dès le XIIème siècle, il en exista un grand nombre, chaque seigneurie en possédait souvent plusieurs, que leurs propriétaires avaient rendus banaux.

        Jusqu'à la fin du XIVème siècle, en raison des revenus qu'ils procuraient à leurs propriétaires, représentaient une fraction assez importante de la richesse privée. Quand survinrent les guerres avec les Anglais, entre les Armagnacs et les Bourguignons, celle à l'époque de la Fronde, qui ensanglantèrent la Brie pendant longtemps, ces moulins furent délaissés, abandonnés et un grand nombre tombèrent en ruines. Lorsque le calme revint, on en répara quelques-uns uns, et on en construit quelques autres; mais leur nombre diminua.

        Du XVIème siècle au XIème siècle, le nombre des moulins à blé ne varia pas sensiblement.

        Vers1809, on comptait dans le département de Seine-et-Marne, 548 moulins dont 467 à eau et 81 à vent.

        En 1835, le nombre des moulins n'était plus que de 458 pour notre département.

        Les Moulins de la vallée des Moulins :

        Les meuniers de Vernou-la Celle ont beaucoup travaillé pendant des siècles, sauf pendant les périodes très troublées, durant la guerre de 100 ans par exemple, vers 1350-1450 où tout semble avoir dévasté.

        Courageusement , ils ont construit des biefs, entretenu leur ru, pesté contre la sécheresse ou contre les nuisances : c'est ainsi que la construction d'un lavoir en amont de Marangis a empêché l'eau de couler dans le ru Flavien...

        Les moulins de la vallée des moulins étaient actionnés par les eaux du ru Flavien, dont les biefs* ont été aménagés de mains d'hommes à une époque certainement très ancienne. Dès le XIIIème siècle, il en est question dans les chartes du moulin de La Roche.

        Le chapitre de Notre Dame de Paris les posséda tous et les exploitait, soit directement, soit au moyen d'une "tenure".

        D'après le plan de 1785, qui figure aux archives départementales, on en compte 7 sur le ru Flavien, auxquels il convient d'ajouter le moulin de Nanchon, situé sur un autre ru, mais également implanté sur le territoire de la commune.

        Les biens du Chapitre de Notre Dame de Paris, dont les moulins, furent adjugés par le Directoire du district de Nemours, le 26 mars 1791, comme biens nationaux.

        Ces moulins tournèrent jusqu'à la fin du XIXème siècle ou au début du XXème siècle.

        1 - Le moulin de Marangis :

        Il est le plus rapproché de la source du ru Flavien. Le dernier meunier en fut Félicit Hoye, et le propriétaire, Eugène Noël, le vendit à Philippe Merle. Il cessa de faire du "blé farine" vers 1870 et Philippe Merle le transforma en ateliers de polissage pour ses fabrications de pièces métalliques. Il cessa de tourner vers 1944, sa roue ayant été endommagée par des bombardements aériens.

        2 et 3 - Moulins de La Roche :

Le Petit moulin appartenait à Cholet et fut exploité par Jacques Mare, le moulin de la Basse Roche dit le grand moulin était à Ternerault et avait Poireaud pour meunier. Ce dernier moulin fonctionnait encore en 1910, son propriétaire, boulanger à La Grande Paroisse, l'utilisait pour approvisionner sa propre maison de farine. Ces Moulins datent du XIe siècle.

Le petit moulin a été détruit, une maison est construite sur ses fondations.Il ne reste plus que le grand moulin sur la basse roche. Les batisses dites "le vieux moulin" sont les hangars et lavoirs du grand moulin.

A la révolution française, les biens écclésiastiques ont été confisqués et vendus comme biens nationaux à des particuliers, le 26 mars 1791 par le Directoire du district de Nemours. C'est ainsi que le grand moulin de la Roche fut adjugé 10000 livres à Louis-Chrales Baudoin, meunier à Vernou, agissant pour Achille Pierre Dionis du Séjour (Conseiller au Parlement de Paris, membre de l'académie des sciences, propriétaire du château d'Argeville et de fermes à Vernou, ami de Laplace et de Condorcet; condamné à mort, il se suicida)



        4 - Moulin du Pré :

        Il appartenait aux héritiers Garnier. Il fut peu exploité mais tournait encore en 1910.

        A cette époque, Poireaud, le meunier, disposait d'une machine à vapeur pour l'actionner lorsque les eaux étaient trop basses et travaillait pour les boulangers avec un mécanisme à cylindres.

        5 - Moulin de l'Eglise :

        Le propriétaire en était Soubeyran.

        Sa disparition en tant que moulin fut postérieure à 1890.

        Après 1900, il fut transformé en auberge-restaurant sous l'enseigne "d'abreuvoir humanitaire" encadrée de slogans anarchistes, et fréquentée par une clientèle assez spéciale.

        C'est là que se réfugia pendant plusieurs jours, après le coup qu'il dirigea en 1912 sur une banque parisienne, et avant d'aller se faire prématurément exécuter dans la banlieue de Paris, le chef de bande Bonnot, précurseur des deux industries de vol de voiture et du "hold-up" dans les banques, activités dont il était sans doute loin de prévoir le brillant avenir

        6 - Moulin du Bois :

        Un moulin, c'était une petite exploitation agricole : en 1698, le Moulin du Bois consistait, outre la partie moulin proprement dite, en un logement avec "cheminée et plancher", ainsi qu'en "écurie, granges étables toit à porc, 3 arpents de terres labourables".

        Il a disparu au XXème siècle.

        C'est dans ce moulin que, par une belle journée du printemps 1853, eut lieu le mariage de mademoiselle Virginie Bouleaux (épouse Garcet en 1991) dont le père Monsieur Bouleaux était le meunier exploitant.

        Celui-ci, n'ayant qu'une fille, voulait "faire une noce". Il avait invité un grand nombre de parents et amis et avait fait de son mieux pour que tout soit prêt la veille. Après quoi, chacun alla se coucher.

        Le lendemain matin, tout le monde se leva de bonne heure. Mais quelle ne fut pas la stupeur du meunier lorsque le cuisinier vint leur annoncer que tout avait été volé et qu'il ne restait plus rien de tout ce qui avait été préparé la veille.

        Les noceux commençant à venir, on en fut quitte pour se munir de nouvelles provisions et la noce ne fut pas empêchée pour cela.

        Deux mois plus tard, eurent lieu plusieurs vols de grand chemin. On fit une enquête. Les quatre malfaiteurs étaient de Marangis; ils furent arrêtés et emprisonnés. Ils s'avouèrent coupables des vols qui leur étaient reprochés et que c'étaient eux qui s'étaient partagés les préparatifs de la noce à Bouleaux.

        Ces bandits furent condamnés en cour d'assise. Trois furent gratifiés des travaux forcés à perpétuité, le quatrième eut vingt ans de détention. Libéré, il revint à Vernou, y resta quelques temps puis se noya dans le canal à Moret.

        7 - Moulin des Serpes :

        Il était exploité par le propriétaire Parque.

        Il disparut à la fin du XIXème siècle et fut rasé pour céder la place, au XXème siècle, à une cité pavillonnaire pour les employés de la centrale EDF à partir des années 60.

        Comme on le voit, nombreux étaient, dans la seconde moitié du XIXème siècle encore, les moulins "à petits sacs" bâtis sur ce modeste ruisseau.

        La plupart n'écrasaient pas plus de 12 sacs de blé par journée de 24 heures, c'est-à-dire en travaillant jour et nuit.

        Dans la lutte entre le moulin à eau et le moulin à vent, le premier l'a emporté car il se prêtait mieux aux perfectionnements modernes, à la grande fabrication comme à la mouture plus soignée.

        Autrefois, il y avait toujours une mare et un poirier auprès du moulin. La mare était pour l'âne qui portait les sacs sans rechigner quand il savait qu'il aurait un "coup à boire" en arrivant. Le poirier, à la saison où tout le monde venait moudre, permettait d'offrir un fruit au client du meunier ! Heureusement les poiriers poussent bien dans un terrain frais...

        A partir de textes écrits par Claude GOUX et Christian GAUTHIER de la Commission Environnement

        * Bief : partie amont du canal de dérivation amenant l'eau au moulin, pouvant également servir de réserve d'eau.

        Article du tambour n°119. Avec la complicité de Michel NORMAND.

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Par une belle journée du printemps de l'année 1853, eut lieu le mariage de Mademoiselle Virginie Bouleaux (1) dont le père, M.Bouleaux, meunier exploitant le moulin du Bois, situé sur le ru Flavien, à un kilomètre à peu près, au sud du hameau du Chesnoy.

        M.Bouleaux, bon vivant, avantageusement connu dans tout le voisinage et n'ayant qu'une fille, voulait comme il disait "faire une belle noce". Il avait invité en grand nombre parents et amis. Pour être sûrs qu'il ne manquerait rien, cuisiniers et cuisinières s'étaient diligentés la veille du jour fixé pour le mariage. Le père de la future mariée allait de l'un à l'autre et se frottait les mains d'un air satisfait. Le cuisinier Gouy, de Moret, lui faisait voir qu'il avait fait de son mieux et que tout était prêt : poulets, dindons, canards...n'attendaient plus que la casserole.

        Oh ! quelle belle noce on allait faire !

        Comme il se faisait tard et que l'on était fatigué : "Gouy, dit le meunier, une petite goutte, et couchons-nous."

        Après s'être donné une cordiale poignée de main, comme dit la chanson, chacun s'en fut coucher :

        Le lendemain, comme bien on pense, l'on se leva de bonne heure.

        A peine sur pied, M.Bouleaux entend de tous côtés un grand vacarme.

        "Qu'y a-t-il donc, b... d...? Qu'est-ce qui se passe?"

        - Il y a, il y a, dit Gouy, tout essoufflé, rouge comme une pivoine, que nous sommes volés. Je n'ai plus rien de tout ce que j'avais préparé hier; mes poulets, mes rôtis, mes galettes, mes brioches, le vin que j'avais tiré, tout est parti ; on n'a rien laissé. Oh! les canailles !"

        C'était vrai. On avait fait table rase.

        Les noceux commençaient à venir de plus en plus nombreux. Ils furent bien vite au courant de l'aventure, qui fit l'objet de toutes les conversations.

        On se doutait un peu de ceux qui avaient commis ce rapt, mais personne n'osait prononcer un nom.

        Il existait à Marangis quatre individus déjà soupçonnés de plusieurs méfaits. Probablement qu'ils n'y étaient pas étrangers.

        La noce ne fut pas empêchée pour cela ; on en fut quitte pour se munir de nouvelles provisions.

        Deux mois plus tard, eurent lieu plusieurs vols de grand chemin. On fit une enquête. Les quatre malfaiteurs de Marangis furent arrêtés et emprisonnés. Pendant l'instruction de leur procès, ils s'avouèrent coupables des vols qui leur étaient reprochés et déclarèrent aussi que c'étaient eux qui s'étaient partagé les préparatifs, pain, vin, poulets, rôtis, etc..., de la noce à Bouleaux.

        Ces bandits furent condamnés en cour d'assise. Trois d'entre eux furent gratifiés des travaux forcés à perpétuité, le quatrième eut vingt ans de détention. Après avoir subi sa peine, il revint à Vernou, y resta quelque temps. Un jour on le repêcha, noyé, dans le canal, à Moret.

        (1) Melle Bouleaux.- Veuve Garcet, est décédée, en 1911, à Ville Saint Jacques, dans un âge très avancé.

        Extrait du livre de J.RANDON.

        Article du tambour n°34. Avec la complicité de Julien MORNAN